Al Jama’a al islamiya

Al Jama’a al islamiya

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En 1950, le leader syrien des Frères musulmans, Mustafa al-Sibai’i s’installe à Beyrouth.. Cest la genèse de Al Jama’a al-islamiya au Liban. En 1948,  Mohammad Al Daouk en réponse à la défaite arabe en Palestine, crée Jama’at Ubbad ar-Rahman à Beyrouth, qui deviendra en 1964 Al Jama’a al-islamiya.

L’ouverture des bureaux officiels du groupe à Beyrouth en 1964 annonce le début de son action sur la scène politique libanaise. Son secrétaire général Fathi Yakan disciple de Sayyed Qotb, suit la doctrine des Frères Musulmans en Egypte et en Syrie, cherchant à établir un système socio-politique basé sur la Chari’a.

En 1967, dès le début de la guerre arabo-israelienne, Fathi Yakan, principal idéologue d’Al Jama’a al-islamiya à Tripoli, rejoint le syrien Said Hawwa des Frères musulmans, pour prêcher le jihad contre Israel et l’Occident. La défaite des pays arabes et le déclin du nassérisme renforcent les groupes islamistes dans la région du Moyen-Orient.

 

Opérations militaires

1975 marque le début de la guerre du Liban où l’on assiste à la création de la milice d’Al Jama’a al-islamiya, sous le nom de «  Moujahedines » qui combat les milices chrétiennes. A Tripoli, Fathi Yakan prend la tête des « Moujahedines » pour défendre les intérêts sunnites islamistes.

Avec l’invasion israélienne du Liban en 1982, la milice d’Al Jama’a participe auprès des palestiniens dans les combats. Lorsque l’armée syrienne entre à Tripoli, en 1985, Al Jama’a al-islamiya poursuit ses prêches contre "les sionistes", sous l’œil vigilant de Damas qui utilise les groupes islamistes libanais pour faire pression sur Israel.

Ce n’est qu’en 1987 qu’Al Jama’a rejette tacitement le modèle de l’état islamique du Hezbollah tout en maintenant des relations cordiales avec le parti de Dieu. En 1992, Al Jama’a remporte 3 sièges aux élections parlementaires signant sa victoire au sein de la communauté islamiste. Seulement en 1996, il ne lui reste qu’un seul siège au Parlement tandis que sa popularité grandit dans les villes de Tripoli, Beyrouth et Sidon pour atteindre en 1997, le nombre de 5000 membres.

La participation des « Moujahedines » dans les opérations militaires contre l’armée israélienne aux côtés du Hezbollah est vécue comme une victoire par Al Jama’a avec le retrait des israéliens du Liban-sud en mai 2000. Le conflit israélo-palestinien représente, dès lors, le principal enjeu de la ligne politique et de la stratégie d’Al Jama’a al-islamiya.

En 2006, la guerre d’Israël contre le Liban entraîne la mobilisation de certains « Moujahedines » qui combattent au sud sous les ordres du Hezbollah.

Seulement Al Jama’a al-Islamiya prend position auprès du 14 Mars ou le Bloc du Futur, (principal ennemi du 8 Mars), aux élections parlementaires de 2009 ayant des intérêts communs, dont ceux de la communauté sunnite et le soutien à l’opposition syrienne ainsi que l’aide aux réfugiés. Bassam Hammoud, chef du bureau politique au sud-Liban nie l’alliance d’Al Jama’a avec le 14 Mars et assure avoir des relations à égale distance avec les autres partis libanais.

La même année, un rapport détaillé sur les groupes islamistes met l’accent sur le rôle et le fonctionnement d’Al Jama’a dans la vie socio-politique libanaise, et à sa tête Faysal Mawlawi qui décède en 2011, aussitôt remplacé par Ibrahim al-Masri.

La ligne officielle d’Al Jama’a s’oppose à l’intervention militaire en Syrie et assure son soutien aux opposants par l’envoi de secours humanitaires. L’hôpital Sifa’a à Tripoli est mis à la disposition des réfugiés syriens.

Le chef du bureau politique d’Al Jama’a, Azzam al-Ayoubi, considère que toute ingérence en Syrie pourrait avoir des répercussions négatives sur le Liban.

Par ailleurs, al-Ayoubi est critiqué par les groupes sunnites islamistes pour sa participation à l’Iftar en 2015 en compagnie de membres des Gardes de la Révolution iranienne. Ce geste symbolique empoisonne les relations entre Al Jama’a et les islamistes.

Cela n’empêche pas le secrétaire général Ibrahim al-Masri de rencontrer l’ambassadeur iranien à Beyrouth pour discuter des évènements au Liban et en Syrie et trouver un moyen d’y mettre fin.

En 2016, le rapprochement entre Al Jama’a et Hezbollah a lieu par l’intermédiaire du leader du Hamas, Osama Hamdan, à l’occasion d’un Iftar ayant rassemblé 4 membres d’Al Jama’a, des cadres du Hezbollah ainsi que Hamdan. Malgré l’intervention militaire du Hezbollah en Syrie et son soutien à Bachar al- Assad, Al Jama’a partage avec la République islamique d’Iran une idéologie commune et des ennemis communs : Israël et l’Arabie saoudite.

Aux parlementaires de 2016, la liste de coalition entre le courant du Futur, l’ancien ministre Safadi, l’ancien ministre Karamé et Al Jama’a, parrainée par l’ancien Premier ministre Mikati perd les élections à Tripoli face à la liste de Rifi, ancien ministre et principal adversaire de Hariri.

Adversaires d’Al Jama’a al-Islamiya : 

L’un des groupes les plus controversés en raison de son appartenance au soufisme (qui n’épouse pas l’islam traditionnel), les Ahbaches, sont décriés par Al Jama’a pour leur grande popularité au sein de la classe moyenne sunnite ( 8000 membres ) et leur modération à l’échelle politique. Les Ahbaches rejettent le radicalisme de Sayyed Qotb (prôné par Al Jama’a) et l’établissement d’un état islamique au Liban.

 

Harakat al-Tawhid al-islami est le rival d’Al Jama’a, né à Tripoli en 1982 sous la houlette de Said Sha’ban (ex-leader d’Al Jama’a et issu de la branche radicale des Frères Musulmans). Al Tawhid engage des combats en 1983-1984 à Tripoli contre les autres groupes islamistes dont Al Jama’a.

 

Par ailleurs, Dar al –Ifta’ (Institution sunnite traditionnelle ) et les leaders de Tripoli dont la famille Karamé, de Beyrouth dont Salam et de Sidon dont Hariri, sont considérés par Al Jama’a comme des instruments au service des intérêts occidentaux.

 

Alice Boustany

 

Références :

 

Islamism in Lebanon : A guide to the groups, by A. Nizar Hamzeh, Sept,1997

http//www.meforum.org/362/islamism-in-lebanon-a-guide-to –the-groups.

 

Iran and the muslim brothrhood in the arabic-speaking world. The best of enemies ?, by Helmut Pisecky and Alex Grinberg. Jan, 2016

 

Islamic Movements in Lebanon. A study implemented by Masar Association, Aug, 2009

La rédaction

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