Fayçal Mawlawi

Fayçal Mawlawi

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Le parcours de Mawlawi, leader religieux sunnite et homme politique né à Tripoli (Liban nord) en 1947, témoigne de son ambition et de son combat pour promouvoir l’islamisme radical au Liban et en Europe.

Fayçal Mawlawi obtient sa licence en droit de l’Université Libanaise en 1967 et poursuit ses études à Damas en sciences islamiques pour être nommé magistrat des tribunaux musulmans à Beyrouth dans les années 1970.

Son projet se précise : Mawlawi part en France en 1980 faire son DEA en droit et y demeure 5 ans où il devient guide spirituel et l’un des piliers de l’Union des Organisations Islamistes de France (UOIF) "mouvance intégriste de l’Islam".

De retour au Liban, il est, en 1988, conseiller à la Cour suprême de Beyrouth jusqu’à sa démission en 1996. Il entre en politique en 1992, lorsqu’il est nommé secrétaire général d’Al Jama’a al islamiya à Beyrouth, branche libanaise des Frères Musulmans, qui remporte 3 sièges aux législatives. Mawlawi veut renforcer la présence sunnite radicale au Liban en appelant au jihad et en envoyant ses « moujaheddines » combattre auprès du Hezbollah au sud-Liban contre l’armée israélienne. Ses combattants se positionnent à la frontière israélo-libanaise et notamment à Chaba’a après le retrait israélien en 2000.

C’est avec Ahmed Jaballah et d’autres qu’il fonde l’Institut européen des Sciences islamiques (IESH) à Château-Chinon et y enseigne, recevant une récompense honorifique de l’Assemblée mondiale de la jeunesse musulmane (WAYN) pour être le meilleur prédicateur musulman.

Son travail politique se poursuit en 1997 au moment où il contribue à la création du Conseil Européen de la Fatwa à Dublin et devient vice-président et bras droit de Yusuf al Qaradawi, leader du CEF. Ce Conseil a pour objectif d’unifier les avis jurisprudentiels des ulémas d’Europe et demettre des fatwas en se référant au Coran. Mawlawi est un disciple et un fervent admirateur de Sayyed Qotb, théoricien du djihad pour les Frères Musulmans dont il suit la doctrine fondamentaliste.

Mawlawi justifie le djihad des palestiniens et fait paraître une fatwa après l’attentat suicide d’un palestinien en Israël tuant 40 civils. Le djihad n’est pas un suicide (interdit par l’Islam) dit-il, mais une  « mission » et celui qui l’accomplit devient martyre. Cette fatwa figure dans le recueil publié par l’UOIF et préfacé par Tariq Ramadan. Mawlawi joue un rôle déterminant auprès d’Al Qaradawi dont il partage le projet de faire de la France « un lieu où des militants islamistes trouvent refuge…et de mettre au pas les musulmans de France ». Ils y réussissent puisque Sarkozy (ministre de l’intérieur en 2003) fait de l’UOIF « un interlocuteur privilégié de l’Etat français » sans se rendre compte de l’instrumentalisation de l’Islam au profit de leur projet politique. Le débat sur le voile en France continue à faire couler de l’encre. Pour Mawlawi, les femmes doivent adopter le voile en France, soutenant qu’il s’agit d’un commandement divin, ce qui n’est pas le cas selon un imam de Bordeaux (évincé depuis sa déclaration).

Lors de la conférence annuelle tenue par l’Assemblée mondiale de la jeunesse musulmane (WAYN)- Organisation saoudienne liée aux frères Musulmans- en 2008, Mawlawi critique le « Memorandum of understanding » entre le Hezbollah et les salafistes arguant qu’il existe des conflits entre sunnites et shiites qui doivent être réglés par un véritable dialogue, pour éviter d’autres erreurs à l’avenir de la part des deux communautés.

En 2009, Mawlawi se retire de la vie politique pour des raisons de santé, mais son combat se poursuit à travers Ibrahim al Masri qui le remplace à la tête d’Al Jama’a al islamiya. Cependant, le mouvement ne remporte aux législatives qu’un siège et doit faire face aux accusations des sunnites qui lui reprochent ses relations avec le Hezbollah

Le décès de Mawlawi en 2011 est suivi d’un hommage qui lui est rendu par l’UOIF et d’une journée de recueillement à l’IESH de Château-Chinon. L’Union internationale des Ulémas, le Hezbollah et le Hamas ont salué ce « leader de la résistance » qui a défendu la cause palestinienne. Il est inhumé à Tripoli en présence de nombreuses personnalités religieuses et politiques.

 

Alice Boustany

 

Sources :

OPA sur l’Islam de France, les ambitions de l’UOIF, Fiammetta Venner, Calmann-Lévy, 2005

 The global muslim brotherhood daily watch, 2008

 

 

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La rédaction

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