Qui est Abdelfattah Rahhaoui, que défend tant le CCIF ?

Qui est Abdelfattah Rahhaoui, que défend tant le CCIF ?

Le CCIF (Collectif contre l'Islamophobie en France) interpelle ses followeurs depuis le 30 août à propos du cas d'une école confessionnelle musulmane toulousaine hors-contrat, l'école Al-Badr, qui n'ouvrira pas ses portes à la rentrée. Le 20 juillet 2016, l'Education Nationale a mis en demeure les parents d'inscrire la centaine d'enfants dans un autre établissement. Le CCIF affirme :

« Aucun élément à charge valable ne justifie cette mise à l’index des autorités, si ce n’est que le directeur de l’école, Abdelfattah Rahhaoui, prend des positions critiques en direction des autorités locales, en tant que simple citoyen »

Le CCIF publie même une vidéo du directeur sur sa page Facebook. Le 5 septembre 2016, le CCIF demande à ses followers de mener une campagne de pression pour que l'école d'Abdelfattah Rahhaoui ouvre ses portes :

1) Relayez massivement cette information autour de vous, en partageant cet article.

2) Sur twitter, interpellez courtoisement et précisément l’académie de Toulouse (@actoulouse), l’Education Nationale (@EducationFrance) et la Ministre de l’Education Nationale , Najat Vallaud-Belkacem (@najatvb)

3) Contactez directement par téléphone le ministère de l’Education Nationale pour leur demander, dans un esprit constructif et de dialogue, des éclaircissements à ce sujet. (01 55 55 10 10)

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Un imam adepte des prêches sexistes et homophobes sur Youtube

A la fois directeur de l'école Al-Badr et Imam, Abdelfattah Rahhaoui est hyper actif sur les réseaux sociaux. Il multiplie les vidéos Youtube.

Abdelfattah Rahhaoui développe une vision ultra-conservatrice de la famille. Dans une vidéo de 2013, il fustige la « théorie du genre », qui permet de « choisir son orientation sexuelle », ainsi que le « lobby LGBT ». Avec des propos homophobes et transphobes, il accuse le gouvernement et même les non-musulmans de « pervertir les enfants », dans « un contexte social déjà pervers » et de présenter l'homosexualité comme une chose « normale », alors qu' « Allah a détruit [les homosexuels] ». Il compare homosexualité et zoophilie, présente les ouvrages de Christine Boutin et Alain Escada. Il jure devant Allah de ne pas laisser faire le gouvernement, et invite ses auditeurs à en faire de même dans son prêche exalté.

Il intervient à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France de l'UOIF au Bourget en 2015, dans une vidéo disponible en ligne, et est également présent à celle de 2016.

 Dans un sermon à la mosquée de Meaux en mai 2015, il affirme que les femmes sont obligées de se voiler :

« la femme [selon les autorités françaises] doit être épanouie, à l’école, mais puisque à l’école, on ne peut pas effectivement amener la femme avec son hijab, elle a le droit d’enlever son hijab. Quel droit puisque Allah lui avait donné cette [obligation] ? Et je le dis à tous ceux qui écoutent, à tous ceux qui regardent : le hijab est une obligation qui ne changera jamais ».

Il explique également que la seule religion qui n'a pas été inventée est l'Islam :

« Tout ce qui est christianisme ou judaïsme, comme beaucoup le disent, ce sont des religions qui sont descendues du haut des cieux, c’est faux, c’est faux. Ce sont des religions qui ont été inventées, qui n’ont pas été révélées. La seule religion qui a été, ou qui est, agréée par Allah c’est l’islam. C’est la première des choses avec laquelle je voulais commencer et entrer dans le sujet ».

Un imam surveillé pour des liens terroristes

L'une des raisons pour laquelle Abdelfattah Rahhaoui est surveillé, c'est qu'il est l'ancien professeur de religion de Souad Merah, sœur du terroriste Mohamed Merah, partie en mai 2014 avec son mari et ses enfants faire le djihad en Syrie. En 2012, elle se disait « fière » des actes de son frère Mohamed, et « penser du bien de Ben Laden ». D'après le Midi-Libre, sa radicalisation commence en 2001. Elle suit « assidûment » les cours de l'imam Abdelfattah Rahhaoui, qui la décrit en 2012 comme « une femme intelligente soucieuse d'apprendre sa religion, une mère attentionnée qui essaie de trouver sa place dans le pays dans lequel elle vit, préoccupée par l'éducation de ses enfants, et une grande soeur responsable ». Interrogé à propos des allusions à Ben Laden et à son frère, Abdelfattah Rahhaoui répond alors : «  Ces mots ne montrent que le côté noir de cette personne (...) c'est une femme d'une grande humanité, qui ne supporte pas les injustices. Elle est engagée pour la cause palestinienne et je suis d'accord avec beaucoup de ses engagements ». L'autre frère de Souad, Abdelghani Merah, dit voir en elle « une terroriste en puissance », qui lui a affirmé vouloir commettre un « attentat suicide dans le métro toulousain ».

L'ancien chef de la DCRI Bernard Squarcini indique que Souad et son autre frère Abdelkader Merah étaient perçus comme « plus dangereux que Mohamed » par les services de renseignement, avant qu'elle ne rejoigne la Syrie en 2014.

Abdelfattah Rahhaoui est mis en garde à vue du 30 au 31 mars 15 à la SRPJ de Toulouse pour « travail dissimulé dans son établissement » et « outrages aux inspecteurs du travail ». Il met cette garde à vue sur le compte de ses propos sur l'attentat de Charlie Hebdo qui déplairaient aux autorités, et annonce sa collaboration avec Alain Soral.

« Une interview sera réalisée très prochainement par ÉGALITÉ ET RÉCONCILIATION afin de mieux informer notre communauté et l’opinion publique sur ces différentes affaires en cours, et en la même occasion dénoncer des attitudes d’intimidation faites à l’encontre de beaucoup parmi les citoyens français de confession musulmane. Enfin de compte, et ceci reste mon intime conviction : Le citoyen musulman en France aujourd’hui a pris la place du juif d’hier ».

Le site d'Alain Soral publie alors son communiqué sur son site internet ainsi que son appel à un rassemblement devant le commissariat, non sans quelques accents complotistes « je vous invite tous chères sœurs, chers frères à diffuser très largement mon histoire pour la faire connaître à celles et ceux qui ne sont pas encore au courant car nous ne devons plus servir de bouc émissaire aux injustices électoralistes. Pour celles et ceux qui le peuvent, venez Allah y jazikum bil Kheyr affirmer votre indignation devant le commissariat de l’Embouchure à Toulouse et pour les autres invoquez ardemment le Tout-Puissant pour que je triomphe de cette oppression ».

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Abdelfattah Rahhaoui déclare à propos de Charlie Hebdo : « je reconnais la barbarie des attentats sans pour autant valider les ignobles caricatures fanatiques de ce journal. Par le Créateur, je ne me mettrai jamais à genoux, je ne céderai pas aux tentatives d’humiliation et je continuerai inchAllah à employer mes forces pour que les droits et l’expression des musulmans soient respectés ». Dans une vidéo Youtube, il interpelle « le recteur », qu'il décrit comme asservi, à condamner Charlie Hebdo :« quand Dieudonné a critiqué les juifs, il en a vu de toutes les couleurs ». Il prend également la défense de Siné : « quand on dessine contre les juifs c'est antisémite, mais quand on dessine contre les musulmans (…) c'est une liberté d'expression, avec les musulmans il n'y a aucune ligne rouge (…) le fait de dessiner [le prophète] c'est des kuffars, ce que a fait Charlie est condamnable ». Il continue dans sa rhétorique d'un deux poids, deux mesures : « allez dire aux historiens s'ils peuvent remettre en cause le chiffre de 6 millions de juifs massacrés ? ».

Fin 2013, Abdelfattah Rahhaoui publie une vidéo sur son compte Youtube, visionnée plus de 15 000 fois, intitulée "IL ETAIT UNE FOIS EN FRANCE, JUIFS ET MUSULMANS... POURQUOI LES JUIFS SONT SI PUISSANTS ET LES MUSULMANS SI IMPUISSANTS? LA RÉPONSE VOUS ÉTONNERA..."

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Il liste alors une série de personnalités juives ou supposées juives, dans les domaines scientifique et financier, et compare le nombre de prix Nobel reçus par des juifs et par des musulmans. Un extrait de Dieudonné sur le plateau de Thierry Ardisson alors qu'il vient d'être condamné pour son sketch antisémite est également diffusé, avec la question qui revient incessamment : pourquoi les juifs sont si puissants ? Rahhaoui donne sa réponse : les musulmans ont besoin d'être éduqués. La suite de sa vidéo est alors... un appel au don pour la construction de son école Al-Badr, avec des images de fillettes voilées.

Abdelfattah Rahhaoui est aussi  à l'affiche d'une conférence d'Egalité et Réconciliation le 26 avril 2015, aux cotés d'Alain Soral et de Jacob Cohen sur le thème : Juifs, chrétiens et musulmans, comment aller vers la réconciliation nationale ? Il annonce finalement qu'il ne pourra pas s'y rendre quelques jours avant.

Soutien de l'association salafiste Sanâbil

Abdelfattah Rahhaoui n'hésitera pas à apporter son soutien à l'association salafiste Sanâbil, dont le président est assigné à résidence à partir du 17 novembre 2015, en ces termes : « pourquoi le musulman en France aujourd'hui prend la place du juif d'hier ? Soutien à notre cher frère Bilal. A partager s'il vous plaît pour dénoncer l'injustice ».

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Sanâbil est une association créée en 2007 et présidée par Antho (Bilal) Bonamba, qui se présente comme une association de soutien moral, spirituel et financier aux détenus musulmans. Bilal Bonamba a étudié à l'Institut Qordoba du Caire, un Institut contraint de fermer en 2005 et nommé dans les rapports du renseignement français. Lorsque Fabien Clain, l'un des principaux bourreaux français de Daesh, était emprisonné en 2009, il communiquait avec « son ami »Bilal  Bonamba. Lorsque Mehdi Nemmouche, terroriste du musée juif de Bruxelles, était emprisonné en 2011, c'est à Sanâbil qu'il s'était adressé pour obtenir des textes religieux à propos de la taille de sa barbe et du voile intégral.  Bilal Bonamba rend également visite en prison à Sabri Essid, demi-frère de Mohamed Merah, emprisonné en 2009 pour quatre ans pour avoir tenté de rejoindre le djihad en Irak en 2006. A sa sortie de prison, Bilal Bonamba l'interviewe et poste une longue vidéo où il déclare « Notre frère Sabri a vécu l’épreuve de la prison. (…) Une pensée pour tous nos frères et nos sœurs emprisonnés en France et dans le monde. Tous nos savants derrière les barreaux… » Depuis, Sabri Essid a rejoint Daesh et apparaît dans ses vidéos de propagande, couteau à la main. L'association Sanâbil apparaît également dans le dossier des attentats de janvier 2015 : Amédy Coulibaly, sa compagne Hayat Boumedienne, ainsi que le djihadiste Mohamed Belhoucine et sa compagne se retrouvent notamment à l'automne 2014 lors d'un pique-nique organisé par l'association, alors que Mohamed Belhoucine avait déjà été condamné pour son rôle dans une filière djihadiste vers la région afghano-pakistanaise.

 La page Facebook de Sanâbil propose de faire la connaissance de « Wali » : « Connaissez-vous Wali ? Sans doute que non, c'est un de nos frères détenu depuis 1995 aux USA et à qui il reste encore neuf années à passer derrière les barreaux. L'un de ses fils est malentendant et n'a pu suivre une scolarité pour cause de paperasse administrative, une de ses filles est muette, et il a une grande de seize ans, Maryam. (…) On espère que ses messages vous pousseront à vous souvenir de nos frères sous les verrous et ne pas oublier d'invoquer Allah pour qu'Il les aide, et pourquoi pas, leur apporter votre soutien, Sanâbil en est un moyen. ». Sanâbil oublie de préciser que « Wali » s'appelle en réalité Wali Khan Amin Shah, est emprisonné pour terrorisme pour avoir participé à l'attentat manqué de Bojinka en 1995 qui devait faire exploser 11 avions de lignes, lancer un avion sur le siège de la CIA et tuer le pape Jean Paul II.

Bonamba est selon les services antiterroristes comme un « théologien et figure emblématique du salafisme en Ile-de-France, impliqué dans une filière d’acheminement vers la Syrie et mis en cause dans plusieurs affaires d’association de malfaiteurs, financement du terrorisme et apologie du terrorisme ».

Ce qui n'empêche pas Abdelfattah Rahhaoui d'apporter total soutien à Sanâbil, ni le CCIF d'appeler ouvertement à soutenir Abdelfattah Rahhaoui.

Carla Parisi

           

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Carla Parisi

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