Au procès de Mohamed Louizi et de Soufiane Zitouni

Au procès de Mohamed Louizi et de Soufiane Zitouni

Au procès de Mohamed Louizi et de Soufiane Zitouni

Mardi 4 octobre se déroulait le procès de Mohamed Louizi et de Soufiane Zitouni au Tribunal de Nanterre. Soufiane Zitouni, a publié deux tribunes à la suite des attentats de janvier 2015 dans Libération. Mohamed Louizi lui, a écrit plusieurs papiers pour expliquer le contexte de l'islamisme dans le Nord.

Les nombreuses personnes venues écouter les arguments ont eu le sentiment d'un procès historique. Et regretté l'absence de retransmission des débats.

Premier témoin de la défense, Mohamed Sifaoui a rappelé à la barre que le Lycée Averroès a été créé pour servir de tribune à la pensée des Frères musulmans. Le second témoin est père de famille. Il a même été le représentant des parents d'élèves. Il raconte comment un jour sa fille se fait convoquer par l'administration. On lui explique qu'elle va ruiner la réputation d'excellence de l'établissement et on la force à démissionner.

Le procureur se permet des remarques très étranges. Il s'étonne de la différence entre la description du Lycée Averroès et les photos sur internet. Lorsque Mohamed Louizi rappelle l'UOIF est considérée comme terroriste au Emirats, le procureur soupire et marmonne.  Au père de famille, il demande si sa fille a été radicalisée par le Lycée !

Amar Lasfar s'est déplacé. Sans le moindre complexe, l'imam de Lille (depuis 36 ans), multi-entrepreneur, créateur du Lycée Averroès parle de lui à la 3ème personne. Il répète sans jamais se lasser : "Amar Lasfar dit", "Amar Lasfar pense", "Amar Lasfar a eu de la peine". Ou encore "Ce double discours , cela aurait donc échappé à tous les responsables politiques avec qui Amar Lasfar travaillé pendant trente ans?" Une question pertinente à laquelle devraient répondre Nicolas Sarkozy qui a institutionnalisé l'UOIF ou Bernard Cazeneuve qui a continué à accepter les oukases de l'organisation, lors des réunions au Ministère. Et Amar Lasfar d'insister, aucun politique n'a jamais remis en cause le bien fondé de son action. La présidente du tribunal lui fait alors remarquer que malgré son soutien initial :"La maire de Lille, Martine Aubry, semble soutenir l'idée du double discours".

Martine Aubry a effectivement longtemps soutenu Amar Lasfar. Mais a fini par comprendre le problème lorsqu'elle a vu les multiples invités problématiques. Comme par exemple Sheikh Salah Sultan, président du Haut Conseil islamique d'Egypte, membre du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, et de l'Union internationale des savants musulman qui n'hésite pas à déclarer :

"J'appelle les jeunes à pratiquer des sports, et à renforcer leurs corps dans la préparation du Jihad."

D'autres intervenants problématiques sont intervenus au lycée Averroès :

Omar Abdelkafi, longtemps interdit de résidence en Egypte a été invité à participer à un cours de sciences physiques, pas d’éthique musulmane. L'homme avait notamment déclaré sur une chaine satellite :

"celle qui sort les cheveux découverts au vu de tout le monde, celle-là aura commis un péché qui mérite le châtiment de la tombe et le châtiment au jour du jugement dernier"

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Hassan Iquioussen 

A propos d'Ataturk : « un Juif converti hypocritement à l’islam, toujours pour détruire l’islam et les musulmans de l’intérieur ».

« le Hamas, avec sa branche armée, fait du bon boulot ».

 « Les textes aujourd'hui le prouvent. Les sionistes ont été de connivence avec Hitler. Il fallait pousser les juifs d'Allemagne, de France... à quitter l'Europe pour la Palestine. Pour les obliger, il fallait leur faire du mal »

Ou encore Cheikh Mohamed Hassan qui est intervenu en septembre 2010 et qui explique que « la grippe porcine » ou « le sida » ne sont que les conséquences des choix des infidèles. «La communauté internationale n’est infectée que parce qu’elle s’est égarée de la voix d’Allah et du prophète. » Sur ce dernier intervenant, Amar Lasfar a nié sa présence malgré les multiples éléments.

Amar Lasfar est mal à l'aise lorsque Mohamed Louizi évoque les propos antisémites de certains intervenants du lycée Averroès, et se défend en évoquant l'existence d'"un ami" rabbin. A ce propos, les extraits où Soufiane Zitouni et Mohamed Louizi évoquent cet antisémitisme ne sont pas poursuivis par Amar Lasfar.

Autre personnalité qui a mis en cause le lycée : Bernard GODARD, islamologue en charge des questions relatives à l’islam au Ministère de l’Intérieur, ayant participé à la mise en place du Conseil Français du Culte Musulman. Il indiquait dans la presse concernant le Lycée Averroès, que « le cordon ombilical avec l’UOIF existe et qu’il y a une tradition antisémite chez les frères musulmans ».

Amar Lasfar a réussi à agacer la cour à plusieurs reprises en expliquant que "Amar Lasfar ne s'autorise pas à intervenir sur le religieux" ou encore que "Amar Lasfar n'a jamais reçu le rapport de l'inspection académique". Rapport qui n'a pas été publié par l'éducation nationale parce que mettant en cause des individus comme l'a rappelé l'avocat de Libération. Seul un communiqué de presse a été rendu public. Le rectorat y déclare que si le lycée respectait "globalement" les termes de son contrat avec l'Etat, il existait une confusion entre l'enseignement d'"éthique musulmane" et la "philosophie".

Questionné par l'avocat de Libération, Amar Lasfar a reconnu être fidèle aux "enseignements des pieux ancêtres", et ainsi s'inscrire dans le courant salafiste.

Après l'intervention d'Amar Lasfar, il semblait acquis pour la cour que l'homme jonglait avec les casquettes pour fuir toute responsabilité. Dans les couloirs, un des responsables des Frères musulmans dans le Nord entame une très discrète prière.

Viennent alors les témoins de l'association Averroès.

Tout d'abord François Burgat. Le compagnon de toujours impressionne la cour à qui il commence par expliquer que les musulmans non islamistes ne représenteraient que 2% du monde musulman. Puis il explique qu'il est contre la criminalisation des Frères musulmans, faisant comme si les accusateurs étaient en fait les victimes ! Alors que les victimes sont sur le banc des accusés.

Vient ensuite Eric Dufour, directeur adjoint du Lycée. Il se présente comme venu de l'enseignement catholique. Personne ne rappelle sa conversion pourtant publique à l'islam ce qui aurait pu un remettre en cause son statut de spectateur au dessus de la mêlée. Malgré un début de discours empli de compassion, il charge la jeune lycéenne exclue en expliquant qu'à sa connaissance elle ne venait plus en cours et qu'elle était radicale.

Le procureur a requis la relaxe pour Soufiane Zitouni et une condamnation pour Mohamed Louizi.

Verdict, le 6 décembre.

 

 

La rédaction

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