Lutte contre l' « islamophobie » ou consignes de vote ?

Lutte contre l' « islamophobie » ou consignes de vote ?

Lutte contre l’ « islamophobie » ou consignes de vote ?

Le 18 décembre 2016 a eu lieu à la Bourse du Travail de Saint Denis la « Conférence Internationale contre l'islamophobie ».

Le discours général concernait la stratégie d'alliance entre associations, syndicats et partis politiques à l'approche des présidentielles en 2017, ainsi que des consignes de vote plus ou moins déguisées. Certains candidats, comme Manuel Valls, ont fait l'objet d'un bashing particulièrement virulent de la part des conférenciers.

Philippe Marlière, militant du mouvement Ensemble ! du Front de Gauche participait à la table ronde animée par Houria Bouteldja du Parti des Indigènes de la République : « l'islamophobie au cœur de la campagne présidentielle ». Il a affirmé que « s'il y a un communautarisme en France, il s'agit du néo-républicanisme laïciste, au cœur du champ politique actuel ». Un vocabulaire tout droit sorti de la droite cléricale du début du 20ème siècle. Pour lui, « l'islamophobie est un écran de fumée politique utilisé pour masquer l'échec patent [de nos politiques] sur les questions politiques et sociales ». Cette rhétorique complotiste, partagée par le CCIF, consistant à faire croire que le gouvernement français fomente et met en place des polémiques autour de l'Islam est contredite par les faits. S'il est indéniable qu'une certaine partie de la droite ou l'extrême-droite veut centrer leur campagne de 2017 autour de questions « identitaires » et souhaiteraient un retour des « valeurs chrétiennes », les récentes polémiques autour de l'Islam n'ont rien à voir et sont pas le fruit d'un complot du gouvernement. L'affaire du burkini d'août 2016, citée lors de la conférence, a d'abord explosé sur les réseaux sociaux, avant que quelques maires de droite ne souhaitent légiférer et que le gouvernement ne s'exprime. Philippe Marlière a ensuite directement plaidé pour « la mise en place d’accommodements » à la laïcité, qui différeraient en fonction des personnes, « comme pour les prestations sociales ».

Stéphane Lavignotte, pasteur protestant de Saint Denis, est intervenu lors d'une table ronde au nom du « christianisme social ». Il s'est dit militant au sein d' « un mouvement du Front de Gauche » (qui est en réalité Ensemble! comme Philippe Marlière) et espère également que Philippe Poutou et Yannick Jadot auront assez de signatures pour se présenter en 2017. Il se plaint de ne pas assez entendre Tariq Ramadan s'exprimer en France et ajoute :

« il y en a assez de la diabolisation des intellectuels qui font du bien à la France comme Ramadan ! ».

Un lobbying en faveur du prédicateur intégriste controversé qu'il poursuit depuis plusieurs années. Stéphane Lavignotte, s'est aussi se dit « fier d'avoir témoigné en faveur d'Houria Bouteldja » lors de son dernier procès.

Ismahane Chouder a été la troisième intervenante. Représentante de l'association Participation et Spiritualité Musulmane (PSM), déjà épinglée pour ses liens avec le parti islamiste marocain Al Adl Wal Ihsane et le Cheikh Abdessalam Yassine, elle est également présidente du Collectif Féministe Pour l'Egalité. Fait étonnant, il se trouve dans la salle quelques porte-parole ou militantes d'associations LGBT visiblement fascinées qui n'hésitent pas à applaudir Ismahane Chouder, alors que Participation et Spiritualité Musulmane avait rejoint La Manif Pour Tous dès ses debuts... Ismahane Chouder a listé lors de la conférence « quatre figures emblématiques de l'Islam lorsque l'on parle des musulmans » qui seraient : les terroristes, les radicalisés, les réfugiés et les controverses (voile, halal, prières de rue). Evoquer ces sujets de société, qui peuvent interpeller chaque français en tant que citoyen serait donc... islamophobe. Ismahane Chouder a notamment affirmé que lorsque l'on dit « il faut lutter contre les djihadistes », cela veut dire lutter contre... les « musulmans ». Elle charge alors Manuel Valls, François Hollande ou encore Laurence Rossignol.

Olivier Besancenot a envoyé un message qu'Omar Slaouti (membre du Collectif Ali Ziri et tête de liste du NPA) lit au public. Il a dit « regretter de ne pas être présent à cette initiative essentielle » et parle d'un « imprévu personnel ». Olivier Besancenot affirme également de façon conspirationniste qu' « avec l'islamophobie, la classe dirigeante a trouvé comment diviser la classe ouvrière, en instrumentalisant de manière sordide les attentats, et une situation internationale dont elle est largement responsable ». Pour Omar Slaouti, il est légitime de s'opposer aux institutions comme les « institutions européennes » : les jeunes « se méfient de manière rationnelle aux institutions, ce qui explique le Brexit ». Pour lui, cela « se traduit sous le gouvernement Valls (…) par l'utilisation de leviers pour centrer le discours autour de l'islamophobie, de la haine de l'autre (…) et pour pouvoir mener des guerres à l'extérieur ». L'état d'urgence est présenté comme « une arme de destruction massive pour les musulmans ».

La dernière table ronde s'intitulait « face à la répression de l'antiracisme politique et du mouvement social, quelles perspectives ? ». Thomas Coutrot, porte-parole d'Attac, a félicité Houria Bouteldja pour son « excellent bouquin » à propos de son dernier ouvrage Les Blancs, les Juifs et Nous. Ce livre a pourtant été largement critiqué pour ses injonctions sexistes envers les femmes ou les sœurs d' « indigènes » : « Il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène, la part qui résiste à la domination blanche » , pour l'essentialisation « virile et macho » des « indigènes », pour ses propos anti-féministes et identitaires : « j'appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à mon quartier, à l'islam, à l'Algérie » ou pour ses éloges à l'homophobie de l'ancien président iranien : « Ahmadinejad, mon héros ». Verveine Angeli (syndicaliste) et Pierre Tartakowski (président de la Ligue des Droits de l'Homme) appellent à un rapprochement et à une convergence des luttes entre le syndicat Solidaire, les associations LDH, Attac, CCIF et les autres associations présentes au meeting (PIR, PSM, ALCIR, camp décolonial...). Marwan Muhammad du CCIF appelle le public et les organisations à venir « remplir » les tribunaux pour faire pression sur la justice lorsque le CCIF y est présent.

Sihame Assbague a affirmé elle-aussi que l'état d'urgence cible « les musulmans et les quartiers populaires ». Elle a appellé le public à « refuser le barrage républicain » lors des élections en 2017. Selon elle, l'élection de Donald Trump est due à « la suprématie blanche qui craint le déclin blanc », ce qui expliquerait également le succès de François Fillon à la primaire des Républicains, ou encore le fait que « Manuel Valls puisse vouloir se présenter avec tant d'entrain »...La preuve : ses combats sont « criminalisés », comme la marche de la dignité ou le camp décolonial qui ont été « attaqués de toutes parts », ou la page Facebook du Parti des Indigènes de la République qui est parfois « bloquée par le pouvoir et les organisations antiracistes traditionnelles ». Elle appelle les organisations de gauche à la rejoindre en donnant les conditions pour une alliance : « arrêter de critiquer le terme d'islamophobie », d' « espérer le dévoilement des musulmanes grâce à l'éducation », d' « incriminer les mecs des quartiers populaires », de « refuser le terme de racisme d'état », et de parler de « division et à la racialiation des luttes ».

Finalement, les conférenciers de salle de conférence de la Bourse du Travail de Saint Denis auront certainement réussi en une journée à faire passer à un public d'à peine 300 personnes leurs appels à ne pas voter pour certains candidats. Il paraît que c'est cela, la « lutte contre l'islamophobie » et l' « antiracisme politique ».

Carla Parisi

 

Programme de la journée du 18 décembre :

9h30 : accueil
Mot de bienvenue de la mairie

10h : L'islamophobie depuis les attentats
Lila Charef (CCIF),
M. Gomès (victime de l'Etat d'urgence),
Stéphane Lavignotte (Pasteur),
Mathieu Lopes (Survie),
Alain Gresh (Orient XXI)

11h30 : De la politique de guerre au rejet des migrants
Houssam El Assimi (collectif La chapelle Debout),
Geneviève Garrigos (ancienne présidente d'Amnesty International), Jean Courtaudière (prêtre à St Denis et membre du service national des relations avec les Musulmans auprès de la conférence des Evêques de France),
Christine Delphy (collectif anti-guerre),
Karine Parrot (Gisti),
Stathis Kouvélakis (universitaire)

Débat avec la salle

14h30 : L'islamophobie au coeur de la campagne présidentielle
Ismahane Chouder (CFPE, PSM),
Omar Slaouti (membre du collectif Ali Ziri),
Amina Damerdji (doctorante),
Philippe Marlière (universitaire)

16h00 : Face à la répression de l'antiracisme politique et du mouvement social : quelles perspectives ?
Marwan Muhammad (CCIF),
Sihame Assebague (Contre-attaques et camp décolonial),
Said Bouamama (FUIQP),
Verveine Angéli (syndicaliste Solidaires),
Meriem Belhadj (Alcir),
Thomas Coutrot (militant altermondialiste),
Pierre Tartakowsky (LDH)

Débat avec la salle

18h30 : Conclusion : Omar Slaouti, Amal Bentounsi (UNPA)

 

 

Signataires de l'appel de la conférence :

 

AFD International,

ATTAC

Association des Marcheurs de 1983

Association Marocaine des Droits Humains section Paris/IDF (AMDH-Paris/IDF)

Association de Lutte Contre l’Islamophobie et les Racismes, Paris 20 ème (ALCIR)

Association des Travailleurs Maghrébins (ATMF)

Association Femmes Plurielles

Association Dell’Arte (Toulouse)

Association Radio Droit de Cité

Autre Maroc

Bruxelles Panthères

CAPJPO-EuroPalestine

Cedetim

Centre d’études postcoloniales de Lyon

Collectif des féministes pour l’Egalité (CFPE)

Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF)

Collectif des Enseignant.es pour l’Abrogation de Loi de 2004 (CEAL)

Collectif des Musulmans de France (CMF)

Collectif “Ni guerres ni état de guerre”

Contre-Attaque(s)

Convergence Citoyenne Ivryenne (CCI)

Coordination nationale Pas sans Nous

Droit à la différence

Ensemble!

Europe solidaire sans frontières (ESSF)

Fondation Frantz Fanon

Français & Musulmans

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)

Front Antiraciste Alsacien

Identité Plurielle

Les Indivisibles

International Jewish Antizionist Network (IJAN)

Le 93 au coeur de la République

Mouvement du christianisme social,

MRAP de Saint Denis

NPA

Participation et Spiritualité Musulmane (PSM)

Parti des Indigènes de la République (PIR)

Politique et Islam

Reprenons l’Initiative contre les politiques de racialisation (RI)

Réseau pour une gauche décoloniale

Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

Signatures individuelles

Verveine Angeli, syndicaliste

Marie-Hélène Bacqué, professeure des universités

Mounia Benaili, conseillère municipale PG à Juvisy

Boualem Benkhelouf, Maire Adjoint à Aubervilliers

Nadia Ben Moussa, conseiller municipal de Villeneuve St Georges

Mohamed Ben Yakhlef, conseiller municipal de Villeneuve St Georges

Amal Bentounsi (UNPA)

Adda Bekkouche, militant altermondialiste

Olivier Besancenot, NPA

Judith Bernard, enseignante, metteur en scène

Myriam Bouregba, actrice du dialogue islamo chrétien

Antoine Boulangé, enseignant, syndicaliste

Alima Boumediene Thiery, avocate

Marie-Hélène Bourcier, maître de conférences à l’Université Lille 3

Félicien Breton, activiste décolonial

François Brun, NPA

Omar Cheriguene, conseiller municipal de Villeneuve St Georges

Fethi Chouder, Adjoint à la Maire d’Aubervilliers, en charge de la Jeunesse

Françoise Clément, militante altermondialiste

Annick Coupé, militante syndicaliste et associative

Pierre cours-salies, sociologue, membre d’Ensemble !

Thomas Coutrot, économiste, militant associatif

Christine Delphy, féministe

Didier Epsztajn, bloggeur

Éric Hazan, éditeur

Hanane Karimi, doctorante en sociologie, féministe

Pierre Khalfa, militant associatif

Stefan Kipfer, professeur

Stathis Kouvélakis, universitaire

Léopold Lambert, rédacteur en chef de The Funambulist

André Landrain, militant antiraciste, soutien des migrants

Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire

Marie-Thérèse Lenoir, militantes anti-raciste et soutien aux migrants

Didier Lestrade, journaliste

Nathalie Levallois, militante antiraciste, PG Alfortville

Laurent Lévy, militant d’Ensemble

Raphaël Liogier, Professeur des universités, IEP d’Aix-en-Provence

Yasser Louati, Militant des droits humains et libertés publiques

Stella Magliani-Belkacem, directrice éditoriale de la revue Période

Gustave Massiah, militant altermondialiste

Sanchez Maximilien, Conseiller Municipal de Gentilly

Philippe Marlière, politiste et membre d’Ensemble !

Madjid Messaoudene, élu à Saint-Denis en charge de la lutte contre les discriminations et de l’égalité des droits.

François Munier, militant antiraciste

Fatima Mostefaoui, co-présidente de la coordination Pas sans nous Marseille

Kamel Mouhoubi, PG Reims

Martine Platel, militante associative

Christine Poupin, NPA

Tariq Ramadan, professeur

Marguerite Rollinde, militante

Catherine Samary, militante altermondialiste

Brahim Senouci, écrivain et maître de conférence

Patrick Silberstein, éditeur

Isabelle Stengers, philosophe

Catherine Stern, militantes anti-raciste et soutien aux migrants

Pascal Troadec, Adjoint au maire de Grigny (91), Conseiller de l’agglomération Grand Paris Sud

Béatrice Turpin, réalisatrice

Marie-Christine Vergiat, députée européenne, Gauche unitaire européenne

Louis Weber, éditeur

Héla Yousfi, universitaire

Sophie Zafari, syndicaliste

Avec le soutien :

d’Oumma.com

Carla Parisi

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