UOIF : 200 associations fantômes

UOIF : 200 associations fantômes

UOIF : 200 associations fantômes

Que représente l'Union des organisations islamiques de France ? Médias et politiques s'accordent pour expliquer que l'UOIF est la première représentante des musulmans français et leur accordent une place en fonction de cette a priori. Mais dans la réalité de combien de militants peut-elle se revendiquer ? C'est ce que nous avons voulu savoir.


L’Union des organisations islamiques de France compterait plus de 200 associations. Le conditionnel est de mise car ce chiffre, repris par tous les observateurs, vient de l’Union elle-même et n’a jamais été vérifié. Sur son site internet, l’UOIF diffuse une liste de 59 noms et déclare : « Pour une liste plus complète, nous contacter ». À plusieurs reprises, j’ai demandé à l’UOIF la liste des associations en question. On a fini par me répondre que cette liste était confidentielle. J’ai donc limité ma première enquete à cette liste qui, au fond représente sans doute bien l’UOIF puisqu’elle a décidé d’en faire sa vitrine[1]. Pour la plupart, de toutes petites structures, pensées sur le même mode, afin de représenter l’Union dans une région. Mais encore ? La législation française permet à tout citoyen de demander en préfecture les statuts d’une association légalement déclarée. Ce que j’ai fait pour chacune d’elle. Sur les 59 associations : 12 ne sont répertoriées nulle part, ni en préfecture, ni même dans l’annuaire. Sur les 47 associations restantes, seule une dizaine semble avoir une réalité autre que spectrale.

La plupart des statuts de ces associations satellites sont construits sur la même base. Le statut de membre se perd sous certaines conditions, ce qui est fréquent, mais les motifs possibles d’exclusion restent assez originaux : quasiment toutes s’autorisent la possibilité d’exclure un membre pour apostasie. Pour l’Association des musulmans de Picardie, par exemple : « la qualité de membre se perd par la radiation prononcée par le Conseil d’administration pour défaut d’application de l’Islam et des présents statuts ». L’association Islam sans frontières considère que pour être membre, il faut : « être musulman pratiquant ». On perd son statut de membre en cas de « reniement de valeurs auxquelles se rattache le musulman ». On n’en saura pas plus sur la manière dont l’apostasie est prononcée. En cas de dissolution de l’association, la plupart des statuts prévoient que « les biens mobiliers et immobiliers de l’association seront automatiquement cédés au profit de l’UOIF ». Une autre particularité frappe à la lecture de ces documents : aucune femme n’est présente dans les bureaux des associations (c’est-a-dire au niveau décisionnel). Un autre exclut même qu’une femme puisse être membre. Dans son article 9, elle déclare « toute personne du sexe féminin est exclue de l’association quelque soit son âge ». La formulation est amusante. Le « quel que soit son âge » est rédigé sur le mode d’une formulation non discriminatoire… dans la discrimination. Le fait de parler d’« exclusion » est également amusant. Car pour être exclue, il faut d’abord avoir eu le droit d’intégrer l’association !

D’autres associations, celles où militent des convertis ou des membres de niveau detudes plus élevé, sont dotées de statuts plus élaborés, feignant davantage le respect des principes républicains. C’est par exemple le cas de l’Association des musulmans de Picardie. Le président et le secrétaire sont tous deux enseignants. Le trésorier, Pascal Vanlanduyt, est un converti. L’article 2 des statuts de l’association de l’AMP déclare vouloir « organiser périodiquement des colloques de dialogue interreligieux, des conférences et des débats permettant une meilleure compréhension de l’islam loin de tout fanatisme et extrémisme dénués de fondements. D’établir et d’améliorer les relations avec le monde associatif, (…) de défendre l’islam et les musulmans contre les répercussions de l’amalgame fait entre cette religion de tolérance et l’extrémisme ». À noter, le très joli « loin de tout fanatisme et extrémisme dénués de fondements ». À ne pas confondre avec le fanatisme qui s’appuie sur des « fondements », comme le fanatisme fondamentaliste par exemple…

Plus sérieusement, de nombreuses associations déclarées sont à la limite de la légalité. En effet, selon la loi de 1901, une association doit organiser chaque année une assemblée générale et un compte-rendu, même partiel, doit être envoyé en préfecture. Or presque aucune organisation satellite de l’UOIF n’a rempli cette obligation. Certaines associations revendiquées par l’UOIF n’ont même pas été déclarées en préfecture. C’est le cas, par exemple, de l’Association de l’éducation et l’enseignement d’Ahlluin, ou encore de l’Association socioculturelle et éducative de Thuir. Inconnues au bataillon. Notons cependant que si la loi de 1901 est très souple, elle a le mérite de permettre en échange un certain contrôle : il va de la responsabilité des préfectures de veiller à l’application de la loi et au refus de l’incitation à la haine. La radiation pour « manquements aux principes sacrés de l’islam » — ce qui revient à traiter un membre d’apostat et donc à le désigner à un châtiment qui doit être la mort selon la loi musulmane — pourrait rentrer dans ce cadre. Il en est de même pour des associations n’ayant pas procédé à des élections depuis près de dix ans, alors que ses statuts en imposent une par an[1].

Voilà qui nous amène à la question du nombre : si l’UOIF a gonflé le nombre de ses associations satellites, elle peut tout aussi bien exagérer le nombre de ses sympathisants. Nous le verrons plus bas, son Congrès annuel du Bourget — qui sert de point de ralliement à tous ses adhérents mais aussi à ses sympathisants et même aux curieux — ne réunit pas 60 000 personnes mais plus probablement 10 000. Ce dernier chiffre est incontestablement une estimation large du réseau que représente réellement l’Union des organisations islamiques de France. Ses forces vives, elles, se concentrent autour d’une dizaine d’associations ayant une véritable existence, dont deux mosquées : celle de Lille et celle de Bordeaux.

[1] D’autres associations proches de l’UOIF ont joué à contourner la légalité. C’est le cas de l’Union des jeunes musulmans (UJM), l’association de Lyon sous la houlette de Tariq Ramadan, qui a créé une Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée. Ce qui, comme son nom l’indique, est réservé à des individus et non à des personnes morales, donc aux associations. Mieux, l’UJM peut désormais s’appeler SODELIM mais continuer à percevoir des subventions en tant qu’UJM.

[1] Association culturelle éducative et sportive La Madrassa, A.S.C.C.M.T, Association musulmane Foi et unicité de Sarcelles, Association cultuelle musulmane vietnamienne, Association des Français musulmans de Villiers le Bel, Association éducation culturelle enfants Africains, A.I.A.E.L.A, Association musulmane africaine en France, Association de coopération islamique de la communauté africaine, Association islamique et culturelle du Calvados, Association culturelle musulmane de Saint-Nazaire et sa région, Association musulmane de Sully/Loire, Association culturelle islamique, Association islam sans frontières, Association islamique d'Alençon et sa Région, Association socio-culturelle des musulmans de Haute-Normandie, Association islamique de l'Ouest de la France, Communauté musulmane du Loiret, Ligue islamique du Nord, Association de la mosquée et du Centre islamique de Reims, Association des musulmans de Lorraine, Association islamique clémence, Association des musulmans de Picardie, Association islamique de l'Est de la France, Association cultuelle islamique de Laon, Association des musulmans en Alsace, Association de la solidarité islamique des Ardennes, Association culturelle Islamique de Dole et sa Région, Association islamique, Association solidarité musulmane, Association de l'éducation et l'énseignement, Centre culturel et mosquée des musulmans de Tourcoing, Croissant de l'Islam, Association "ASSALAM", Association espoir, La jeunesse musulmane de France en Bourgogne, Centre culturel islamique de Franche-Comté, Association soleil pour la culture et l'éducation de la jeunesse, Association de la fraternité islamique, Centre islamique, Association musulmane de Saint Chamond, Association action espoir, Association islamique culturelle de la Haute-Loire, Association socioculturelle et éducative de Thuir, Association pour la promotion culturelle des familles d'Orange, Association culturelle islamique, Association d'orientation islamique, Association culturelle les amis du Maghreb, Association des musulmans des Alpes Maritimes, A.C.E.P., Association des musulmans de Libourne, Association des musulmans de la Gironde, Association activités recherches culture et sport, Association des musulmans de Limoges pour la Fraternité, Association des musulmans de la Charente, Association culturelle islamique de la Charente-Maritime, Association des musulmans de la Réole, Association mosquée de Pau

Ce article est également disponible en English.

Fiammetta Venner

Fiammetta Venner est politologue (PHD SC PO), réalisatrice et spécialisée depuis 1990 dans l'étude des radicalismes politiques et intégristes. Elle publié de nombreux ouvrage, dont "OPA sur l'Islam de France : les ambitions de l'UOIF" (2005).

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