Le Tamkine chez les Frères Musulmans

Le Tamkine chez les Frères Musulmans

Dans la littérature contemporaine des « Frères Musulmans », le Tamkine représente la finalité tant désirée par les « frères » et l’édifice politique que construisent obstinément leurs bras depuis bien longtemps. C’est le but ultime visé par toute action frériste plaidant la cause de l’islam pour que cette religion - telle qu’elle est comprise par les frères - domine toutes les autres religions et pour que sa Charia puisse gouverner l’humanité entière. Pour atteindre cette ultime finalité, les « Frères Musulmans » s’y acheminent progressivement à travers quatre étapes successives : Premièrement, « Présentation  et propagation de l’islam ». Deuxièmement, « Choix et sélection des individus ». Troisièmement, « Affrontement des faiblesses structurelles et corrections des imperfections constatées ». Quatrièmement, « le Tamkine » ou la domination politique globale.

Chez les « frères », le Tamkine rime avec le triomphe, l’autonomisation, la domination, la suprématie, la victoire et la possession, sans partage, du pouvoir politique, pour qu’enfin l’islam sunnite, asharite, salafiste, du haut de sa « grandeur », domine les cœurs et organise la société, selon les lois de Dieu et dans le strict respect de la tradition (sunna) du prophète Mohammad !

Ainsi, le mot Tamkine n’est pas un simple vocable qui serait neutre. En effet, dans la littérature des « Frères Musulmans », d’ici comme d’ailleurs, ce terme en particulier, renvoie sémantiquement à toute une construction idéologique, fondée sur des textes « sacrés », et à une planification stratégique - comme celle découverte en Egypte en 1992, dans l’affaire « Salsabîl » - conçue dans un but ultime d’atteindre le cœur même du pouvoir politique et de tous ses annexes, non pas en usant, comme avant, de la brutalité contre-productive des armes et de la violence, pour renverser l’existant et s’assoir à sa place, mais plutôt en prenant le temps, petit-petit, à marcher à petite allure sur un autre chemin « proactif », d’apparence démocratique et pacifique, certes long, mais avec une vision stratégique globale sur le long terme ; un cap bien défini ; un but clairement identifié ; des objectifs pour chaque étape ; des moyens évolutifs ; des ressources humaines renouvelées et formées ; des ressources matérielles et techniques modernisées ; des alliances pragmatiques avec diverses sphères et acteurs de la société ; des établissements structurés et embellis ; des centres spécialisés ; des sources de financements stabilisées, diversifiées et internationalisées ; des réseaux d’influence étendus et mis à jour selon les couleurs politiques de la saison ; des tableaux de bords de supervision systématiques ; des indicateurs de références mesurant les écarts à rattraper et les dynamiques à encourager ; des grilles devaluation périodiquement mise à jour et améliorées, etc.

La marche continue. Les marcheurs chantent en chœur : « Allah est notre ultime but ; le Messager est notre exemple et guide ; le Coran est notre constitution ; le Jihad est notre voie ; mourir dans le sentier d’Allah est notre plus grand espoir ». Ainsi, la marche avance suivant les pas de ses premiers initiateurs des années 1928. Elle gagne chaque jour quelques mètre-carré musulmans, ici et ailleurs.

Seule une lecture, dans sa langue arabe d’origine, de l’intégralité du livre d’Ali Sallabi, jamais traduit à aucune autre langue à ma connaissance, permettra d’apporter plus amples declairage sur un sujet grave qui concerne notre futur proche et collectif.

Majoritairement, les musulmans n’adhèrent pas à cette vision de domination, que portent ces islamistes ultra-minoritaires mais chevronnés, que ce soit par la violence des armes ou par une sorte de « violence douce ». Cependant, il n’est pas difficile de constater que l’histoire des communautés, musulmanes entre autres, n’a jamais été écrite par la majorité mais plutôt par une toute petite minorité très active et extrêmement « proactive » - au sens d’Alain Paul Martin dans son livre « La gestion proactive », publié en 1983, l’année de la création de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF).

 

Mohamed Louizi

Mohamed Louizi est un ancien membre du mouvement marocain Attawhid wal’Islah (1995-1999), du PJD (1997-1999), de l’UOIF de 2002 à 2006. Ancien président des Etudiants Musulmans de France–Lille. Intéressé par les recherches et études religieuses comparées, Mohamed Louizi est l'auteur de nombreuses textes publiés sur le blog "Écrire sans censures ! »

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